La recherche pour combattre les idées reçues – Interdisciplinaire, transdisciplinaire, pluridisciplinaire, faisons le point

L’interdisciplinarité, pour quoi faire ?

Le vocabulaire qui entoure l’école aujourd’hui est d’importance créant quelquefois la confusion dans les esprits des enseignants et même des élèves avec un point d’orgue que furent en France les années 2015/2016 et 2016/2017 avec la réforme des collèges présentée sans aucune concertation et qui tendait à institutionnaliser l’interdisciplinarité et l’éducation à au service de la formation des compétences.

A en croire les tenants de ce triptyque (formation des compétences, interdisciplinarité et éducation à) la complexité du monde serait mieux appréhendée et donnerait plus de sens à l’enseignement que ne l’est la structuration disciplinaire d’aujourd’hui. Cette dernière serait même un obstacle à la réussite des élèves issus des classes populaires.

Cette notion de formation des compétences qui fait son apparition dans les années 80 mais qui prend réellement corps en 1995 dans le secteur primaire puis secondaire avec les 2 socles de 2005 et 2013, tend à faire consensus dans des sphères a priori aussi différentes les unes que les autres, économique, politique, syndicale, pédagogique et traverse même les frontières des pays d’Europe. 

Cette ambition est-elle anodine ? Est-elle essentiellement pédagogique ou repose-t-elle sur d’autres enjeux plus cachés comme le souligne JP Terrail ?

 

Plusieurs questions nous taraudent donc : compétences et savoirs  est-ce la même chose ? Interdiscipline contre discipline, est-ce une réalité ? Ecole des savoirs ou école des valeurs ?

 

Nous avons proposé à Yves Lenoir* quelques pistes de réflexion :

 

La toute première est un éclairage sur l’ensemble des notions que nous avons tendance à utiliser sans retenue et en leur donnant souvent la même acception. Interdisciplinarité, pluridisciplinarité, transdisciplinarité est-ce la même chose ?

Le 2e axe est le regard avisé que ce chercheur porte sur l’institutionnalisation de l’interdisciplinarité dans son pays. Quel bilan dresse-t-il aujourd’hui ?

Puis enfin nous avons souhaité avoir son avis sur ces orientations politiques qui tendent à minimiser le disciplinaire au profit de l’interdisciplinaire avec des positions tranchées

« L’ouverture interdisciplinaire semble préférable à la fermeture disciplinaire » pour certains alors que d’autres comme JP Astolfi écrivait que « disciplinariser l’esprit reste le mouvement premier de la connaissance car il n’y a pas d’interdiscipline sans discipline stabilisée et valorisée ».

 

Nous avons souhaité l’interpeller au regard de notre travail au quotidien, nous qui sommes enclins à travailler collectivement et qui pensons par exemple que la danse, le français, les arts peuvent faire bon ménage comme la course d’orientation avec les mathématiques.

 

Ce décloisonnement ou cette interdisciplinarité (si c’est de cela qu’il est question) que nous appelons de temps en temps de nos vœux, favorise-t-elle réellement les apprentissages et donc la réussite des élèves les plus fragiles ou faisons-nous preuve de naïveté ?

A moins de penser que certaines conditions doivent être retenues pour que ces mariages soient fructueux. Mais alors quelles seraient-elles pour que le doute s’estompe enfin tant chez les enseignants et par voie de conséquence chez les élèves ?

 

*Docteur en sociologie, Past-Président de l’Association mondiale des sciences de l’éducation (AMSE), Membre du Centre de recherche sur l’enseignement et l’apprentissage des sciences (CREAS) à l’Université de Sherbrooke à QUEBEC. Egalement commandeur de l’Ordre de la Couronne (équivalent à la Légion d’honneur en France) et le seul étranger à avoir reçu le Kenneth Boulding Award pour les travaux sur l’interdisciplinarité de la part de l’Association for interdisciplinarity studies des États-Unis. Il est aussi l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages ou articles qui témoignent de ses travaux au sein de l’INRP ou avec la revue française de pédagogie.  Il traite de la question de l’interdisciplinarité depuis plus de 20 ans.

Pierre-Yves Pothier

LENOIR Yves
Professeur titulaire à la faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke, titulaire de la Chaire de recherche senior du Canada sur l’intervention éducative.

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